Mistress Owl

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Mistress Owl

A French Story by Jacqueline Fanchini


Madame Chouette jeta un regard dehors depuis son nid douillet dans le creux d’arbre et sut d’après le soleil d’hiver qu’il était plus de midi. Elle décida de s’aventurer sur une branche proche. Elle était sûre d’avoir entendu un mouvement, et la curiosité étant sa principale qualité, elle s’approcha en silence dans la direction d’où venait le son.

Son ouïe fine ne l’avait pas trompée car elle aperçut soudain un corbeau sur une branche voisine. Maître Corbeau faisait le beau, son plumage noir brillant au soleil et ses yeux noirs comme des jais étaient plein de fierté. Dans son bec, il tenait un fromage qu’il avait volé dans la cuisine d’une ferme proche.

Soudain, il y eut un bruit  au bas de l’arbre et Monsieur Renard fit son apparition attiré par l’odeur du fromage. ‘Bonjour, Roi des corbeaux!’ dit le charmant renard. ‘Que vous êtes joli! Que vous me semblez beau! Dieu me pardonne si je mens car votre voix n’a d’égal que votre plumage, vous êtes vraiment le Phénix parmi les oiseaux de la forêt. Il n’y a aucun doute que quelqu’un comme vous rendrait toutes autres animaux sans voix et que c’est un honneur de vous écouter chanter.’

Raven's beautiful voiceCes mots remplirent Monsieur Corbeau de fierté et de joie, et pour montrer qu’il possède en effet une très belle voix, il se redressa et ouvrit son bec pour chanter pour Monsieur Renard. Et c’est ainsi que le fromage tomba de son bec et roula au sol.

‘Mon cher Monsieur Corbeau,’ continua le charmant renard, ‘apprenez que tout flatteur vit au dépend de celui qui l’écoute. Cette leçon vaut bien un morceau de fromage. Et sur ce, je vous dis adieu.’

Et sur ces mots, Monsieur Renard attrapa le fromage et disparut dans la forêt laissant Monsieur Corbeau honteux de sa propre bêtise. Et c’est ainsi que le fier corbeau se promit que l’on ne l’y reprendrait plus.

Seule, une fois de plus, Madame Chouette ne pouvait s’empêcher de déplorer l’incapacité du corbeau à reconnaître ses ennemis. Aussi doux que puisse être un compliment, il n’en est pas nécessairement vrai ou venant du cœur.

C’est alors que Madame Chouette remarqua une autre scène se déroulant sur le sol de la forêt. Elle pouvait voir une cigale plaidant avec une fourmi pour de la nourriture. Il semblait que la cigale avait passé tout l’été à chanter et à danser et qu’elle n’avait pas assez de provisions pour passer l’hiver. La fourmi, par contre, avait travaillé dur tout l’été et avait mis de côté une grande quantité  de provisions pour l’hiver. Et donc la cigale se trouvait à demander de l’aide à la fourmi.

‘Je vous rembourserai avant l’automne, principal et intérêts. Foi d’animal!’ insistait la cigale désespérée. ‘Vous savez que vous pouvez me faire confiance, je ne vous ai jamais fait de mal.’

Mais la fourmi n’était pas prêteuse et c’était bien là son seul défaut. Et pendant que la cigale l’implorait à n’en plus finir, la fourmi se rappela tous les mois qu’elle avait passés le dos courbé à porter graine après graine dans son garde-manger, sans se reposer ou jouer. Forte de cette pensée, la fourmi demanda à la cigale ‘Et qu’avez-vous fait tout l’été?’

‘Ne vous déplaise, j’ai chanté nuit et jour.’

‘Oh! Vous chantiez dites-vous,’ lui répondit la fourmi indignée. ‘J’en suis bien aise. Et bien dansez maintenant. Quoiqu’il arrive je ne vous donnerai rien de mes provisions.’

Sur ce, la fourmi claqua sa porte au nez de la cigale. Et malgré toutes les plaintes de cette dernière, la porte resta fermée.

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La fourmi savait que la cigale paresseuse finirait par aller voir une autre connaissance et que cette dernière lui donnerait probablement de quoi passer l’hiver. Cependant la fourmi travailleuse espérait que la cigale réfléchirait désormais un peu et mettrait sa propre nourriture de côté plutôt que d’espérer la charité des autres habitants de la forêt. Pour la fourmi, il n’y a pas d’aide à donner à ceux qui sont incapables de s’occuper d’eux-mêmes.

Depuis son arbre, Maitresse Chouette espérait que cette leçon serait apprise par la cigale. Il lui semblait que bien trop souvent les habitants de la forêt n’apprenaient pas les leçons de leurs erreurs mais continuaient de les répéter encore et encore.

En rentrant dans son nid douillet dans le creux de l’arbre, Madame Chouette pensa aux leçons que nous donne la vie et comme il est cruel que nous n’apprenions  ces leçons qu’à travers des expériences difficiles, sans écouter ceux qui nous conseillent. Peut-être qu’un jour, espéra la sage chouette, nous finirons par accepter le bon conseil et n’aurons plus à apprendre nos leçons de façon aussi douloureuse.