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Les Trois Oranges    
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Les Trois Oranges

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Le Trois Oranges

A French Story

 

 

 

 

 

*

Conte français adapté par Cléo Jay d’après « Les trois oranges d’amour » d’Alfred de Musset.  

Il était une fois un prince qui ne riait, ni même ne souriait jamais. On disait de lui que c’était un jeune homme sombre et solitaire.  

Mais un jour, une mystérieuse femme déclara, « Moi je le ferai rire ce prince, rire et pleurer, vous verrez. »  

Elle revêtit des haillons mal cousus avec de la ficelle, et détacha ses long cheveux qu’elle laissa tomber sur ses épaules. Elle prit ensuite un tambourin, et s’en fuit danser devant le palais royal. En entendant la musique, le prince sortit sur son balcon.  

La femme dansait avec une passion si singulière qu’elle ne remarqua pas la ficelle qui pendait de ses haillons. Elle se prit les pieds dedans, trébucha et se retrouva par terre les quatre fers en l’air. En la voyant tomber, le prince fut pris d’un fou rire incontrôlable. En le voyant rire ainsi, la femme se fâcha, et prononça la malédiction suivante,
« Puisses‐tu ne plus jamais rire avant d’avoir trouvé les trois oranges ! »  

Le prince se tut et se sentit soudain envahi par une profonde tristesse. Il resta ainsi longtemps triste et silencieux, jusqu’au jour où il se dit, « Je veux rire et m’amuser à nouveau, je vais aller chercher les trois oranges, où qu’elles se trouvent. » Il partit ainsi à la recherche des trois oranges. Il chercha d’abord dans tous les villages des environs, puis dans des contrées de plus en plus éloignées, jusqu’aux limites du royaume de son père.  

Un matin, plusieurs semaines après son départ, le prince croisa la méchante femme qui lui avait lancé ce mauvais sort, mais étant si magnifiquement vêtue que le prince ne la reconnut pas.  

« Où allez‐vous ainsi, jeune homme? » demanda la femme.  

« Je cherche les trois oranges, » repondit‐il.  

« Oh elles se trouvent bien loin d’ici, » lui dit la femme. « Elles se trouvent au fond d’une caverne, sur la côte, où elles sont farouchement gardées par trois chiens féroces. Il vous faudra aller vers le nord, jusqu’à la mer. Là vous trouverez l’entrée de la caverne derrière de gros rochers. »  

Le prince remercia la femme, et acheta trois pains pour son voyage. Après avoir beaucoup marché, il finit par atteindre l’amas de rochers qui dissimulait l’entrée de la caverne. Il s’apprêtait à y pénétrer, lorsqu’un chien sortit en grondant des ténèbres et se précipita vers lui. Sans même réfléchir, le prince lui lança un de ses trois pains, et poursuivit son chemin.  

Dans l’obscurité, un deuxième chien l’observait d’un oeil menaçant. Le prince lui donna son deuxième pain, et continua à s’enfoncer dans les ténèbres de la caverne.  

Un peu plus loin, le prince se trouva nez à nez avec un troisième chien qui se mit à gronder et à baver, visiblement prêt à l’attaque. Mais comme pour les deux autres, le prince offrit à l’animal son dernier pain, et continua d’explorer la caverne tandis que les trois molosses se régalaient.  

Enfin le prince émergea des ténèbres et déboucha dans une vaste salle, au centre de laquelle se trouvait une longue table où étaient posées trois boîtes dorées.  

Sans perdre une minute, le prince s’en saisit et s’enfuit de la caverne aussi vite qu’il le pouvait.  

Après avoir longtemps couru, il s’arrêta pour se reposer à l’ombre d’un arbuste, et décida d’ouvrir la première boîte. Il y trouva une orange qui, à sa grande surprise, se mit à parler, « De l’eau ! De l’eau ! implorait l’orange, Sinon je vais mourir ! »  

Le prince aurait bien voulu l’aider, mais il n’avait pas d’eau et bientôt l’orange mourut.  

Le prince ne voulut pas répéter son erreur avec la deuxième orange, et il décida de poursuivre sa route. A la tombée de la nuit, il atteignit une auberge au bord de la route. Il s’installa, commanda de quoi manger, une bouteille de vin et un pichet d’eau fraîche. Il n’ouvrit la seconde boîte dorée que quand tout ceci lui fut servi. Il y trouva une deuxième orange, et comme la fois précédente, l’orange se mit à lui parler d’une voix suppliante: « De l’eau ! De l’eau ! Sinon je vais mourir ! »  

Mais dans sa précipitation, le prince versa le vin et non l’eau sur l’orange. Celle‐ci se tut et mourut aussitôt. Le lendemain le prince quitta l’auberge, et se remit en route vers le château de son père. Après de longues heures de marche, il arriva au bord d’une rivière, au pied d’une haute montagne. Il s’y arrêta pour ouvrir la troisième et dernière boîte dorée. Comme auparavant, il y trouva une orange, et comme auparavant, l’orange se mit à le supplier, « De l’eau ! De l’eau ! Sinon je vais mourir ! »  

« Cette fois, » dit le prince, « tu ne mourras pas par manque d’eau. » Et il jeta la boîte dorée dans la rivière, afin que l’orange puisse boire autant d’eau qu’il lui fallait.  

A peine la boîte avait‐elle touché l’eau qu’un énorme nuage de fumée blanche apparut. Lorsque la fumée se fut dissipée, le prince aperçut une jeune princesse plus belle qu’un soleil. Ils s’enlacèrent et tombèrent aussitôt amoureux l’un de l’autre. Ils se dirigèrent sans hésiter vers le plus proche village, et s’y marièrent dès le lendemain.  

Le prince et la princesse étaient très heureux, et la naissance de leur fils vint bientôt combler leur bonheur. Le prince dit alors à sa femme, « Nous devons nous rendre au palais royal, car je n’ai pas donné de nouvelles au roi mon père depuis mon départ, il y a presque un an. »  

Le jeune couple entreprit donc un long voyage pour retourner au palais. Alors qu’ils en approchaient, le prince dit à son épouse de se reposer près d’une fontaine, tandis qu’il allait annoncer leur arrivée au roi.  

A peine etait‐il parti que la méchante femme apparut aux côtés de son innocente épouse et de l’enfant.  

« Quel beau petit garçon vous avez, princesse, » lui dit la femme. « Laissez‐moi le tenir un moment, pendant que vous vous reposez. » La princesse y consentit, et la femme prit le bébé dans ses bras. Elle reprit alors, « Quels beaux cheveux vous avez, princesse. Laissez‐moi vous les peigner, que vous soyez resplendissante lorsque vous serez présentée au roi. »  

La princesse accepta à nouveau de bon coeur. Mais alors qu’elle la peignait, la femme lui enfonça une épingle d’argent dans la nuque, et la pauvre princesse se changea en colombe blanche.  

La méchante femme, qui était en réalité une sorcière, prit alors l’apparence de la belle princesse, et attendit le retour du prince.  

« Ton visage semble changé ma chérie, » lui dit le prince lorsqu’il revint enfin. « Et tu sembles
différente. »  

« Ce n’est que le soleil, qui m’a bruni la peau pendant notre long voyage, » répondit la sorcière. « Et si je te semble changée c’est simplement que je suis fatiguée. »  

Le prince fut ainsi trompé par la méchante sorcière, et l’emmena ainsi que son fils au palais royal, sans savoir que sa femme bien aimée avait été changée en colombe.  

La vie au palais suivit son cours. La sorcière continua à se faire passer pour la belle épouse du prince, et à duper ainsi celui‐ci. Il n’était cependant pas tout à fait dupe, car il n’éprouvait plus les mêmes sentiments pour sa femme, et ne pouvait s’empêcher de penser que quelque chose ne tournait pas rond.  

Puis un jour, le vieux roi mourut et le prince devint roi à son tour et régna sur tout le pays.  

Dans les jardins du palais, on vit alors apparaître une colombe qui, après de nombreux mois, se mit à parler au jardinier. Chaque jour, elle demandait des nouvelles du roi et de son jeune fils. Le jardinier lui répondait comme il pouvait, mais lui avoua que ni le petit prince, ni le roi ne semblaient heureux.  

« Pauvre petit prince, » répondit la colombe, « que sa maman aime tant, et qui est ellemême condamnée par un méchant sort à vivre seule dans les montagnes, sous la forme de l’oiseau que vous voyez. »  

Le jardinier fut très impressionné par la colombe, et un jour parla de sa présence dans les jardins au roi. Lorsqu’il entendit parler de l’oiseau magique, le roi ordonna au jardinier de l’attraper et d’en faire cadeau au petit prince, comme compagnon de jeu.  

Le jardinier fit ce qu’on lui avait ordonné, et le prince reçut en cadeau la colombe, et joua avec la créature magique des jours durant. Tous au palais pensaient que le prince semblait enfin heureux, et tous s’accordaient à dire que ce changement venait entièrement de la petite colombe.  

Un jour, le petit prince remarqua une épingle en argent enfoncée dans le cou de la colombe. Il tendit la main et la lui retira et la colombe reprit aussitôt l’apparence de la belle princesse. Le petit prince poussa un cri d’effroi, mais la princesse enfin libérée de la malédiction de la méchante sorcière, lui parla doucement. « Ne pleure pas mon
fils, » dit la belle princesse « je suis ta maman, et tu m’as délivrée d’un mauvais sort. »  

En entendant crier son fils, le roi entra dans la chambre et reconnut aussitôt son véritable amour. « Tu m’es revenue mon amour, » dit le roi en prenant la belle princesse dans ses bras.  

La princesse lui raconta comment la méchante sorcière l’avait trompée et transformée en colombe. Le roi en eut une grande colère, et ordonna que la fausse reine soit jetée aux oubliettes pour le restant de ses jours, afin qu’elle ne puisse plus jamais faire de mal à personne.  

Le roi et la véritable reine enfin réunis vécurent longtemps heureux. Le royaume prospéra, et le palais royal demeura empli de rire et d’amour. 

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